|
Luc Ferry, naguère encore Président du Comité National
des Programmes des ministères François Bayrou, Claude Allègre
puis Jack Lang, devient Ministre de la Jeunesse, de l’Education
nationale et de la Recherche du nouveau Gouvernement Raffarin, illustrant
sans doute ainsi la nouvelle donne issue de ce que d’aucuns décrivent
encore comme un "séisme politique" (On en rit encore
!). En réalité, s’il y a eu une "surprise"
ou un "séisme" au soir du premier tour des élections
présidentielles, elle ne tient qu’au fait que le Front national
a réussi à casser le consensus politico-syndical pendant
quelques heures… pour le voir se reconstituer aussi sec, mais renforcé.
Le nouveau ministre assurera donc probablement la continuité dans
la rupture, à moins que ce ne soit le contraire. Peut-on raisonnablement
penser que, changeant de fonction, va se concrétiser sous nos yeux,
un nouveau renversement dialectique ? Peut-on raisonnablement penser que,
changeant d’équipe gouvernementale, le même devenant
l’autre tout en restant identique, s’accomplisse sous nos
yeux, un nouveau saut dialectique ? Rien n’est moins sûr !
Pour l’heure et pour nous, cette nomination symbolise la permanence
du consensus en matière de politique d’enseignement.
Mais tenons-nous éloignés de ces conjectures politiciennes
! Restons sur le terrain plus solide des déclarations, des faits
et de leurs effets réels ! Un propagandiste officiel nous l’assure
: Luc Ferry "a supervisé la refonte et l’écriture
de nouveaux programmes, de la maternelle au collège, l’objectif
étant de définir ce que devra être la ‘culture
générale’ de l’honnête homme du XXIe siècle."
Et il ajoute : "Ce projet est vivement critiqué par des enseignants
qui y voient une baisse généralisée des exigences
de l’école." Pour notre part, nous retiendrons une de
ses déclarations dignes de figurer dans une anthologie des classiques
de la pédagogie moderne.
Dans une récente livraison, Le Point interrogeait Luc Ferry
:
Question : "Les élèves apprennent-ils encore des récitations
et font-ils des dictées ?"
Réponse : "Oui, on a récemment remis certaines formes
de ‘par cœur’ au programme. Quant à la dictée,
c'est un outil indispensable non seulement d'évaluation, mais aussi
de formation. Je fais faire une dictée par jour à ma fille
de 10 ans : elle est encore en vie et cela lui fait le plus grand bien
!"
Genèse d’un nouveau concept : la "dictée à
l’adulte"
Etrange réponse dans laquelle le Président du CNP indique
que la "dictée" est délocalisée (elle passe
de l’école à la maison) et "réévaluée"
(elle est investie d’un nouveau contenu conceptuel : la "dictée
à l’adulte"). En effet, si l’on reprend l’ensemble
des nouvelles dispositions réglementaires, il n’y est jamais
question de dictée au sens classique du terme et moins encore d’en
indiquer les objectifs, la fréquence, les modalités et le
rôle dans l’enseignement primaire. Pire encore, on entend
par dictée soit quelque chose qui n’en est plus qu’une
caricature ("copier sans erreur un texte de trois ou quatre lignes"…),
soit quelque chose qui en renverse le contenu, le sens et la fonction
(la dictée est la "dictée à l’adulte").
Nous avons donc recensé toutes les occurrences des plus récentes
directives ministérielles en matière d’apprentissage
de la dictée dans l’enseignement primaire et proposons ici
quelques commentaires et observations.
Cette réponse a sans doute échappé au Directeur des
programmes, en l’occurrence beaucoup moins kantien qu’il ne
le croit et beaucoup plus marxiste qu’il ne le sait. Elle est d’une
importance capitale. Elle expose à son insu le résultat
d’un mouvement historique général qui conduit de la
dictée à l’élève à la dictée
à l’adulte. Nous en présentons schématiquement
les moments à partir de cet exemple particulier.
a) a) Premier temps (années 1960) : les programmes
de l’enseignement public sont réduits. L’insupportable
démocratisation de l’enseignement est toujours accompagnée
de réductions de contenus des programmes. Progressivement, l’école
lieu d’enseignement devient, pour tous, lieu d’éducation.
Elle se décharge de sa mission d’instruction pour devenir
d’abord lieu de contrôle social. Elle va progressivement renforcer
les inégalités.
b) b) ce premier moment, dès qu’il est socialement
perçu (fin des années 1960), conduit nécessairement
à la privatisation des activités autrefois publiques, d’abord
sous les formes de la débrouillardise ou du petit artisanat (dictées
faites à la maison ou petits cours particuliers assurés,
en dehors de l’école, par des professeurs de l’enseignement
public). L’école publique perdant de son prestige, les écoles
privées se multiplient. Leur création fut encouragée
par les politiques d’alors.
c) c) Le développement de ces activités
artisanales fait retour dans l’enseignement public (milieu des années
soixante-dix, réforme Haby), sous la forme du "collège
unique", assorti, par exemple, de mesures compensatoires : "aide
aux élèves en difficulté", "aide aux élèves
en grandes difficultés", "groupes de niveaux", aide
samaritaine aux effets désastreux... Ceci constitue une deuxième
atteinte à la classe de niveau dans son sens classique. Ici, la
destruction des programmes s’institutionnalise. Dans le même
temps, les activités privées naguère enseignées
dans l’enseignement public se développent pour atteindre
la taille de l’atelier de l’artisan (groupes de professeurs
de différentes disciplines proposant des cours à la carte,
notamment dans le cadre de la préparation des examens...) ou bien
la taille de la manufacture (boîtes à bac...). Le sens des
activités scolaires est déjà transformé :
les résultats (mécaniquement mesurables), prévalent
sur les chemins (l’exercice de penser) qui y conduisent. Toutes
les fausses pathologies de l’intelligence (dyslexie, dyscalculie,
débilités...) sont désormais produites et prises
en charge industriellement par l’école (nouveaux métiers,
nouveaux diplômes, nouvelles orthopédies...).
d) d) La machine arrive à ce moment où
les conditions sont socialement réunies de l’invasion du
marché par les calculatrices d’abord puis les ordinateurs.
Ce moment se caractérise comme "la rencontre extraordinaire
de l’objet et du besoin" selon l’heureuse formule d’Alexis
Leontiev. Elle ne fait que mettre un point final à ce qui existe
déjà en puissance socialement. Elle achève le processus
de nivellement de toutes les activités particulières, publiques
et privées en transformant le travail vivant en travail mort. Elle
accélère le mouvement de transformation du travail de la
pensée (dont la manifestation concrète est l’exercice)
en travail de mécanisation de la pensée (dont la manifestation
concrète est le contrôle). "L’intelligence"
artificielle devient le modèle exclusif de toute "intelligence".
e) e) Elle produit une déqualification du travail
de l’enseignant en même temps qu’une requalification
des métiers de la "rédemption" et du contrôle
des populations. Elle produit simultanément un aplatissement des
espaces institutionnels et, enfin, une indifférenciation des places
(enfant/professeur, enfant/élève, professeur/père...)
jusqu’à la caricature en créant des nouveaux types
(l’adulte-enfant, l’enfant-maître, le maître-adulte...).
Le cortège des "pathologies" de l’intelligence
s’enrichit du cortège de toutes les fausses psychopathologies
(fausses psychoses, faux troubles du caractère, faux troubles du
comportement, conduites addictives...). Elles sont à leur tour
prises en charge par ceux qui les produisent (psychologues cognitivistes,
comportementalistes...) dans un cycle particulier de la rentabilité
(industrie pharmaceutique...) et de la rééducation (CMPP...).
Les conséquences anthropologiques de ces transformations sont considérables.
Ces nouvelles conditions deviennent à leur tour un nouveau point
de départ de l’industrialisation des activités d’enseignement.
Celles-ci doivent devenir éminemment rentables. Une nouvelle figure
de la culture s’installe, où la catégorie public/privé
est en voie de réaménagement. Nous assistons aujourd’hui
aux dernières convulsions du moribond républicain et de
ses défenseurs attardés. Dans la perspective de cette redéfinition,
les principes juridiques qui gouvernaient l’école républicaine
(neutralité commerciale et laïcité) sont complètement
caducs ; ils sont depuis longtemps déjà, entrés en
contradiction avec la réalité ; ils doivent être détruits.
La privation des activités liées à l’enseignement
public, par exemple, le fait de priver les jeunes élèves
de dictées conduit à la privatisation de la sphère
publique qui, rétrospectivement, devient un accident historique.
Dévalorisation, déritualisation de la dictée.
Transformation des fonctions. Transformation des espaces institutionnels.
Délégitimation du maître d’école.
Nous partons du seul endroit possible à partir duquel un enseignement
peut exister. Celui-ci est fondé sur une inégalité
de fait et de droit : celui qui enseigne sait, celui qui est enseigné
ne sait pas encore. Ceci est au fondement de toute possibilité
d’apprendre et d’enseigner. Bouleverser, inverser le sens
de ce rapport, "[…] qu’un enfant commande à un
vieillard, qu’un imbécile conduise un homme sage […]"
c’est aller, dit Jean-Jacques Rousseau, "[…] contre la
loi de nature, de quelque manière qu’on la définisse"
.
Que se passe-t-il avec les nouveaux "experts" ?
On peut retrouver aisément tout le programme de modernisation de
l’enseignement dans ces deux mots : "la dictée à
l’adulte". A un égard, mais un seul, l’ensemble
de ces nouveaux règlements est frappé du sceau de la cohérence
: la dictée est "dictée à l’adulte".
Malheureusement, c’est bien cette "cohérence" de
la répétition qui en fait le caractère scandaleux.
Si, de l’avis du grand réformateur lui-même, la dictée
est le plus sûr moyen, la voie royale, pour accéder à
ces savoirs fondamentaux que sont la lecture et l’écriture,
pourquoi la supprimer ? Certes, la "dictée ne peut pas tout
régler", mais qui a jamais prétendu que la dictée
"pouvait tout régler" ? Il est certain, a contrario,
que sans dictée on ne peut rien régler du tout, tout simplement
parce qu’il n’y a plus de règles. Monsieur Luc Ferry
prend acte du rapprochement proposé entre le par cœur et la
dictée. Assimile-t-il alors les partisans de la dictée,
dont il est un vaillant défenseur, mais seulement à la maison
et pour sa fille, à un mouvement rétro ? Le président
du Comité National des Programmes devenu Ministre vante les mérites
de la dictée mais en dispense les élèves des classes
du primaire. L’ancien ministre vante les avantages de la grammaire,
"le nerf de la pensée" , dit si justement George Steiner
et, prévoyant un temps pour l’apprentissage de celle-ci,
balance le contenu par-dessus bord.
Révolutions. Que se passe-t-il à l’école
de Ferry Luc ?
Le maître ou le professeur disparaissent et deviennent adultes.
L’élève disparaît et devient enfant. Plus de
maîtres, plus d’élèves, plus d’école…
Le maître perd le contrôle de sa discipline, est prié
de passer son pouvoir à son voisin ; papa prend le relais et s’institue
maître ou élève, adulte ou enfant ; il se fait dicter
par sa fille et devient l’élève, ou dicte à
sa fille et devient maître. Papa contrôle sa fille ou la fille
de son papa contrôle son papa. La chose même, la dictée,
perd son latin, elle n’est plus exercice exerçant à
l’apprentissage des ruses et des particularités, des règles
et des montages de la langue, dont l’agencement est producteur de
sens, elle ne sert plus à rien d’autre que de contrôler
et de mettre en statistique, enfants, parents, élèves et
professeurs, les uns devenant les autres et réciproquement, selon
un engendrement a-logiquement grammatical (Que deviennent : "Je"
?, "Tu" ?...).
Métamorphoses.
Lorsque le Président du CNP devenu Ministre rentre à la
maison, il redevient papa, et hop !, … il transforme la maison en
école... et hop !, nouveau renversement, il devient maître
d’école. Et ce sont les mêmes qui, sans ironie, parlent
d’une perte de repères de la jeunesse ! Mais on ne veut pas
voir que cette perte est organisée méthodiquement. Et nous,
nous nous perdons en conjectures. Doit-on comprendre que mademoiselle
Ferry "fait faire une dictée par jour" à son papa
pour son "plus grand bien" en appliquant les directives ministérielles
à la maison aussi, ou bien doit-on dire que papa Ferry "fait
faire une dictée par jour à sa fille" parce que, à
l’école, le professeur doit ne plus "faire faire"
de vraie dictée, à l’élève Ferry aussi
?
Questions.
Si la dictée fait "le plus grand bien" à mademoiselle
Ferry, pourquoi alors en priver les autres élèves ? Si on
connaît le "plus grand bien", pourquoi en interdire l’accès
à tous ? Si on connaît le vrai, pourquoi ne pas le dire à
tous ? D’autant que, mais nous le savions déjà, après
expérimentation à haut risque effectuée sur sa propre
enfant, le savant ès pédagogie a fait une nouvelle découverte
géniale : "on n’en meurt pas" ! Si la dictée
"fait le plus grand bien", tout ce qui se présente comme
ersatz de dictée sera un "bien moindre", voire même
"un grand mal". Alors, pourquoi imposer un "moindre bien"
voire "un grand mal" lorsqu’on connaît le "plus
grand bien" ? Pour quoi ? N’est-ce pas Galilée qui disait
: "[…] celui qui ne connaît pas la vérité,
celui-là n’est qu’un imbécile. Mais celui qui
la connaît et la qualifie de mensonge, celui-là est un criminel."
A bon entendeur, on adresse son salut !
La dictée Ferry Luc, transformée en simulacre de dictée
Ferry Jules est incapable d’aiguiser l’attention [10] car
elle est trop courte ; elle est incapable d’assurer quelque fonction
d’apprentissage orthographique et grammatical car elle ne porte
que sur un seul point grammatical : c’est une pure "dictée
de contrôle" . Elle devient instrument de pouvoir pur, sans
phrase : "La dictée, quant à elle, est un outil indispensable
d’évaluation." . On a volontairement oublié son
rôle formateur de l’attention de l'élève sur
un texte et son "[…] rôle généralement
incompris et peu soupçonné : insuffler dans l’inconscient
des gosses une dose de langue française qui l’alimentait
d’une manière des plus subtiles et des plus efficaces, parce
que détournée…" . Rappelons que le débat
sur la dictée s'est enfermé dans une compréhension
étriquée, partagée par les soi-disant modernes et
les ci-devant anciens, les uns et les autres évaluant son importance
exclusivement en regard d’une fonction répressive de contrôle
de l’apprentissage des règles grammaticales et orthographiques.
En même temps, comme dans la publicité, la pauvreté
des contenus réels s’enrobe de prétentions insensées.
Par exemple, il est aujourd’hui question de "faciliter la prise
de notes en sixième" , objectif que le lycée ne pouvait
même pas atteindre alors qu’il recrutait deux élèves
par classe de CM2. Ceci, alors qu’aujourd’hui, même
l’ambition de faire en sorte que des élèves moyens
de sixième fassent preuve d’une attention leur permettant,
non pas de prendre des notes, mais simplement de copier, non pas "au
tableau", mais "sous la dictée", un exercice d’arithmétique
ou de tout autre nature, est devenue démesurée. De la même
façon, quand va-t-on nous dire que les élèves savent
faire des divisions en CM2, c’est-à-dire, pour ceux qui ne
se payent pas de mots, qu'ils en ont compris l'algorithme, qu'ils savent
donc faire toute division, alors que le programme les limite aux divisions
d’entiers où le dividende a au maximum quatre chiffres et
le diviseur au maximum deux chiffres (compétences inférieures
à celles requises en C.E. jusqu'en 1970).
On comprendra que les conservateurs et autres réactionnaires ainsi
désignés rencontrent encore d’énormes difficultés
à comprendre que ces textes pédagogiques contredisant vingt-cinq
siècles de pédagogie artisanale devenue naguère discipline
scientifique à part entière opèrent, en réalité,
une véritable révolution copernicienne dans l’ordre
de l’apprentissage. C’est la raison pour laquelle les jeunes
élèves, pris de vertige, perdent la boule.
Par pure démagogie politicienne, on refuse de discuter de ce qui
faisait réellement la valeur de l’école de Jules Ferry
et on ne retient que les aspects les plus négatifs de ses côtés
négatifs. Plutôt que bavarder sur les bienfaits ou les méfaits
de "l’école de Jules Ferry" , ne serait-il pas
plus utile de poser les problèmes réels des contenus à
enseigner dans les matières fondamentales que sont l'arithmétique
et la langue ? Le faux débat organisé entre ceux qui s’opposent
au "apprendre par cœur" les tables de multiplication parce
que ce serait "fasciste" et ceux qui, partant des mêmes
prémisses, y sont favorables car ils y voient un retour à
l’ordre, est un débat truqué : on passe de la négation
de la nécessité d’apprentissages mécaniques
reconnus comme tels à la glorification du mécanisme en lui-même
comme apprentissage de la servilité. L’Ecole de Jules Ferry,
outre son éloge historique du "moteur à bananes"
et de l’Empire tendait, vers les années cinquante-soixante,
à réduire de plus en plus l’enseignement du "Lire,
écrire, compter, calculer" à leurs aspects mécaniques
.
Rappelons que le débat sur la dictée s’est enfermé
dans une compréhension étriquée, partagée
par les soi-disant modernes et les ci-devant anciens, les uns et les autres
évaluant son importance exclusivement en regard d’une fonction
répressive de contrôle de l'apprentissage des règles
grammaticales et orthographiques. L’école de Ferry Luc ne
reprend que le pire de ce que fut l’école de Ferry Jules,
le contrôle et l’asservissement des populations. Nous entrons
dans la société du contrôle continu généralisé.
Dans ce cadre, on ne doit pas oublier que les réformes introduites
dans la même période faites au nom de l’intelligence
n’ont, le plus souvent, fait qu’aggraver les aspects qu’elles
prétendaient combattre .
Le vide organisé se transforme en spectacle. Dans la sorte de mise
en scène télévisée des Dicos d’or, le
maître de cérémonie n’est plus qu’un faux
comédien, figure grotesque de l’instituteur. La blouse grise
de Bernard Pivot est un habit de clown triste. Il est autrement instituteur
que Bruno Cramer est professeur de philosophie dans Les noces blanches.
Cette mise en scène produit un leurre de l’ordre de l’escroquerie
au lieu de produire l’illusion propre à la représentation.
La première présente, sans médiation, la résolution
d’un conflit imaginaire (l’exercice classique, dictée,
comme souffrance infligée), tandis que la seconde représente,
médiatement, l’exposition d’un conflit réel
(le glissement d’une relation pédagogique vers une relation
amoureuse).
Les dictées des Dicos d’or ne retiennent de la grammaire
que les exceptions (pluriel des noms composés, imparfait du subjonctif
des verbes irréguliers...). Elles sont exercices à froid
de pure virtuosité technicienne. Préparées pour la
circonstance par des techniciens de la langue, elles nient l’existence
de la littérature. Elles sont à la littérature ce
que les arpèges sont à la symphonie. La connaissance des
règles de grammaire, de conjugaison n’est plus au service
de la production d’un sens, mais soumise au classement d’un
championnat. A la production du sens, elles opposent l’injonction
du vide. Transformées en jeu télévisé, elles
tuent l’idée même de jeu sur la langue. Elles sont
à l’écriture ce que la tératologie est à
l’anatomie. Elles ne saisissent du vif du Witz que le mort du phonème.
Par exemple, l’an dernier encore, le recteur-banquier
de l’académie de Strasbourg, représentant direct du
ministre de l’Education nationale, organisait Les Dicos d’or
sur son territoire en fournissant les infrastructures scolaires et les
enseignants à ladite banque. Dans une note de service adressée
aux inspecteurs d’académie, il écrivait : "Ces
championnats, organisés par le Crédit Agricole d’Alsace,
permettent de faire mieux connaître au grand public la qualité
de l’enseignement dispensé dans nos établissements
et de récompenser des élèves à l’excellente
maîtrise de l’orthographe et de la langue." ?
Et pourtant, le 30 novembre 1993, le Tribunal administratif de Caen "annulait"
l’action de l’inspecteur d’académie qui avait
"autorisé l’organisation d’un concours d’orthographe,
avec la participation d’un organisme de crédit agricole [parce
qu’il] avait méconnu le principe de neutralité scolaire"
. Pourquoi, bien qu’interdit par tous les règlements, ce
jeu d’orthographe est, aujourd’hui, encore, organisé
par le Crédit agricole avec le soutien logistique du ministère
? Nous sommes devant des difficultés paraissant absolument insolubles
.
Nous assistons à un double mouvement, l’un renforçant
l’autre : d’un côté, les programmes disciplinaires
sont détruits (ils doivent s’adapter à la nouvelle
définition de l’élève-enfant-consommateur rentable)
et, de l’autre, on assure la promotion des jeux dits pédagogiques
. Il faut en convenir : cette réforme est le contraire de ce qu’elle
prétend être ; elle ne vise à rien d’autre que
saper méthodiquement les fondements qu’elle prétend
édifier. Pour reprendre à l’endroit un slogan publicitaire
ministériel récent, on pourrait dire : "Avant tout,
au collège, et comme principe absolu, on apprend à ne pas
apprendre la langue française." L’école primaire
est en voie de destruction, elle est organisée par les plus hautes
autorités du Ministère de l’éducation nationale
dans une indifférence politique inquiétante. Des voix se
lèvent, trop peu nombreuses encore, pour dénoncer une entreprise
que George Steiner nommait naguère "une mort de l’esprit"
ou que Bertrand Poirot-Delpech nommait hier "dinguerie meurtrière
du ministère."
Faits et effets
Un autre propagandiste officiel nous l’assure : Luc Ferry, dit Le
Monde, "plaide pour l’‘élagage’ de programmes,
qu’il juge trop ‘lourds’. Pour lui, il faut recentrer
l’enseignement sur les notions essentielles, malgré les critiques
de ceux qui craignent une ’baisse de niveau’ ou qui, à
son grand agacement, l’accusent de prôner un lycée
‘light’" . L’élagueur n’a-t-il pas
tendance à confondre les branches superflues et le tronc de la
connaissance ?
Les directives ministérielles indiquent : "Aucun élève
ne doit quitter l’école primaire sans avoir cette assurance
minimale dans le maniement du langage oral et du langage écrit
qui lui permette d’être suffisamment autonome pour travailler
au collège." On peut juger des effets d’"excellence"
de cette directive ministérielle, non pas tant en regard de ce
que "des professeurs y voient", mais aux résultats réels.
Il suffit de se mettre modestement à l’écoute des
jeunes élèves promis à l’"excellence".
Il suffit pour cela de constater ce qu’il en est de l’acquisition
de ce "‘socle commun’ de connaissances et de compétences
que les élèves doivent acquérir." Mais écoute-t-on
encore ses enfants ?
Vous étiez avec votre père au comptoir d’un bureau
de tabac. J’étais derrière vous. Il a acheté
ses cigarettes et vous a demandé : "Choisis le billet que
tu veux !" Vous étiez déjà assez grande pour
n’avoir pas à vous dresser sur la pointe des pieds pour regarder
les liasses de billets de loto, bingo, black jack, millionnaire,... qui
étaient posées sur le comptoir. Je n’ai pas vu votre
visage, mais à en juger à votre voix et votre taille, vous
deviez bien avoir 13 ans. 13 ans ! Vous êtes donc née en
1989, date célèbre entre toutes, moment où la France
fêtait le deux centième anniversaire de la Grande Révolution.
A l’époque, sans doute pour marquer la différence,
et ceci n’est pas indifférent à notre propos, le Président
de la République reléguait ses trente invités africains
de seconde zone dans des grands hôtels parisiens, tandis qu’il
invitait ses pairs du G7 au… Château de Versailles. Vous étiez
donc bien au-delà du cycle III de l’enseignement primaire.
Vous avez répondu en montrant du doigt : "J’en voudrais
un de cette race-là."
Singulière réponse. Inquiétante réponse.
N’avez-vous pas appris toutes ces belles choses dont nous parlent
les directives ministérielles ? N’avez-vous pas appris, vous
déjà si grande, à faire autre chose que montrer du
doigt ? N’avez-vous pas appris en classe ces autres mots de sorte,
genre, catégorie, classe, espèce… pour rester dans
les abstractions ; ou ceux de bingo, loto, millionnaire, black jack, solitaire…,
pour rester dans le concret ? Classer les objets est une des premières
opérations intellectuelles accomplies par les jeunes enfants. Avec
si peu de mots à sa disposition, le monde doit être bien
triste ! Mais dites-moi ? Voyez-vous des "Peugeot", "Fiat",
"Renault", "Volkswagen", "Toyota"…
ou ne voyez-vous que des races de voitures ? Si, pour distinguer des choses,
vous ne disposez que de ce mot de "race", comment donc distinguez-vous
les chiens ? Voyez-vous des setters, bouledogues, teckels, épagneuls,
dalmatiens… ou seulement des races de chien ? Comment distinguez-vous
les hommes ? Et plus encore, voyez-vous des hommes ? Et comment voyez-vous,
comment nommez-vous leurs différences ? Des hommes et des femmes
? Voyez-vous des sexes différents (masculin ; féminin) ou
des races de sexe ? Rien n’est moins sûr, parce que les yeux
ont besoin des mots pour voir ! Mais nous sommes sûrs, absolument
sûrs, que vous ne voyez que des races : des blancs, des jaunes et
des noirs. Il se pourrait même que vous ne voyez que cela, peut-être
même de façon obsédante.
Ne voyez-vous en ce monde que du noir et du blanc ? Un monde gris ? Sans
couleur ? Point de bleu et de jaune, de rouge et de vert dans votre monde
? En regardant un arc en ciel, ne voyez-vous que des races de couleurs
? Colombine, comment choisirez-vous vos robes ? Avec quels yeux verrez-vous
votre Arlequin ? Et même, voyez-vous ce costume et ces couleurs
? Et que lui direz-vous ? Saurez-vous lui parler à mot couverts,
à demi-mot, vous qui ne vivez sans doute qu’avec des mots-choses
? Plus de couleurs, plus d’amour. Plus de couleurs, plus de joies.
Plus de mots, plus rien. Le chaos, chaos mental, chaos du monde. Quel
désastre ! Mademoiselle, vous si jeune ; l’école vous
a volé vos yeux ! J’aurais alors voulu vous lire ces phrases,
mais… : "Prétendons que le sens naît les yeux
dans les yeux des sons… prétendons, voulez-vous, que toute
pensée au départ n’est qu’une rime qu’on
oublie, après, quand elle a pris la voix humaine. Et je n’étais
que cette rime, et suis devenu cet amour. Et j’ai pris, moi, la
haute mer."
La même directive ministérielle indique : "Si, en mathématiques,
une réflexion nouvelle sur l’apprentissage du calcul se fait
jour, qui prend en compte les machines susceptibles de suppléer
l’homme dans ce domaine, l’essentiel du programme réside
dans l’orientation pragmatique d’un enseignement des mathématiques
centré sur la résolution de problèmes." A titre
d’exemple, examinons-en un résultat miraculeux.
Comment vous appeliez-vous ? Je n’ai même pas eu la courtoisie
de vous le demander. Un vrai mufle ! Un mercredi matin de juillet 2001,
vous vendiez de la charcuterie sur le marché de Belleville. Habillée
d’un tablier blanc, vous aviez l’air fier d’aider votre
maman. Déjà grande, vous aviez chaussé des talons
un peu trop hauts pour ce genre de travail. Mais à votre âge,
on a bien le droit d’être coquette. Je m’amusais à
vous regarder compter et couper les merguez avec une maladresse appliquée,
un tantinet trop sérieuse. Je les voyais déjà dans
mon assiette. Vous aviez du mal à cacher votre dégoût
de prendre ces choses dans vos mains ; c’est tout gras et ça
glisse entre les doigts. Et puis, il vous fallut passer aux exercices
intellectuels : la pesée. La balance électronique fait tout
le travail… ou presque. Il a bien fallu que vous lisiez le nombre
de francs indiqué sur le cadran bleu. C’était écrit
: 57,86 francs , cinquante sept francs quatre vingt six. Vous avez dit
: "Ça fait 57 francs et… Il y a une virgule ?! Et après…,
je sais pas lire."
Vous aviez 13 ans à ce que vous m’avez dit. Votre maman
a accueilli mes remarques avec agacement lorsque je vous ai dit ma surprise
de voir qu’à votre âge, déjà en classe
de cinquième, vous ne saviez pas encore lire les chiffres après
la virgule.
Ne voyez-vous le monde que d’un œil ? Ne voyez-vous que la
partie du monde située à gauche de la virgule ? Ne voyez-vous
le monde que dans ses parties entières ? Pensez-vous que ce qui
vient après la virgule soit quantité négligeable,
donc à négliger. Etes-vous déjà prête
à croire que 79,90 euros marqués sur une paire de chaussures,
c’est plus près de 60 euros que de 70 ? Si on vous propose
une part de tarte qui représente 75 % de la tarte, soit les ¾,
alors vous considérerez que c’est "beaucoup" mais,
comme cela n’en représente que 0, 75, alors ce n’est
pas beaucoup ! Je me demande si vous avez une notion empirique de ce qu’est
une fraction, un pourcentage…, Vous partagez probablement des difficultés
largement observées chez les élèves de sixième,
attestées par les évaluations officielles : l’incompréhension
des nombres décimaux, pris pour deux nombres distincts, juxtaposés,
séparés par une virgule comme des mots le sont dans une
énumération, dans une phrase. Comme l’école
ne vous apprend plus à les construire par vous-même par l’opération
de division effectuée à la main, les nombres décimaux
deviennent incompréhensibles, et proprement illisibles, même
- et surtout - quand une machine les affiche automatiquement.
Faut-il alors que quelques journalistes-courtisans feignent de s’étonner
que des professeurs lancent des cris d’alarme ? Jean-Pierre Demailly
écrivait récemment : "Face à la tendance actuelle
qui semble être à une réduction systématique
des horaires d’enseignement en mathématiques et des moyens
alloués à cette discipline, il y a donc lieu d’exprimer
une grande inquiétude." Cette inquiétude va au-delà
de l’impossibilité d’enseigner ; à mon sens,
elle atteint même la possibilité de vivre ! La question ne
se situe plus seulement en cet endroit des "exigences de l’école"
mais bien plutôt en cet autre de savoir si la vie, la simple, toute
simple vie a, elle, baissé ses exigences, mêmes les plus
simples !
Transportez-là, cette virgule, dans un texte littéraire.
N’avez-vous pas appris que la virgule sépare ? N’avez-vous
pas appris que la virgule sépare et lie ? En littérature,
la virgule est peut-être aussi importante que l’est la barre
de fraction en algèbre. Prenez ceci :
"Ariane, ma sœur, de quel amour blessée
"Vous mourûtes au bord où vous fûtes laissée."
Supprimez les virgules, il ne reste plus rien, et de Phèdre, et
de Racine.
Comment, arrivée en terminale, pourra-t-on essayer de vous expliquer
qu’écrire : "Je pense, (virgule) donc je suis.",
c’est tout autre chose que "Je pense : (deux points, ouvrez
les guillemets) ‘donc je suis’." ? Transportez la virgule
dans les airs. Comment alors, pourra-t-on vous expliquer que : "Je
la prends.", c’est à la fois pareil et pas pareil que
: "Je l’apprends ." ? Pire encore. Comment pourrez-vous
lire Jean-Pierre Brisset ? J’aurais voulu vous lire ceci, par exemple,
"Soit : Les dents, la bouche. Je trouve : Les dents la bouchent.
L’aidant la bouche. L’aide en la bouche. Laides en la bouche.
Laid dans la bouche. Lait dans la bouche. Les dents-là bouche,
et autres." . Ce texte n’a-t-il pas quelque chose de magique
? On ajoute une virgule, on la retire, on la change de place, et hop,
en même temps, tout reste pareil et tout change. Et on rit. Quel
désastre ! Mademoiselle, vous si jeune ; l’école vous
a volé votre rire !
La même circulaire ministérielle indique : "C’est
dans ses dernières années d’école primaire
qu’il [l’élève] apprend véritablement
à construire, avec ses camarades et avec ses enseignants, des relations
de respect mutuel et de coopération réfléchie qui
l’introduisent aussi à une première sensibilité
aux valeurs civiques."
J’ai récemment reçu d’un collègue d’Evreux
un modèle du genre combinant l’exercice suivant de dictée
et de vertu morale, sorte de réduction monnaiétique de la
grammaire et de l’orthographe pour lequel 1 mot = 1 euro.
"Au profit du séjour à la mer du CP-CE1, du séjour
à Poses des CM , de la journée du cirque des maternelles
Organisé par l’Association Scolaire
Nom de l’enfant :
Complétez la partie intérieure de ce livret. La somme gagnée
par l’enfant vous sera demandée pour le 29 avril.
Règle du jeu :
. Pour l’enfant : il s’agit de trouver le maximum de sponsors
pour sa dictée avant le 15 avril (l’engagement par mot ne
doit pas dépasser 1 euro)
. Pour vous, sponsors : il vous faut déterminer combien vous désirez
donner à l’enfant (en euros ou centimes d’euros) par
mot écrit correctement durant la dictée qui aura lieu le
19 avril
Merci de votre aide".
En cet endroit, n’atteint-on pas des sommets ? S’il ne s’agit
pas d’une entreprise de prostitution des jeunes élèves,
alors peut-être s’agit-il de développer leurs "compétences
transversales", celles dont nous parlent les experts en pédagogie
: "saisir rapidement l’enjeu de l’échange et en
retenir les informations successives." ? Tout cela s’organise
sur fond de tartufferie ministérielle. N’est-ce pas Jack
Lang qui, présentant sa campagne publicitaire "L’école
du respect", déclarait : "Que nous présente-t-on
trop souvent comme dignes de respect ? la richesse triomphante, l’ignorance
cynique et la célébrité sans mérite ?".
L’école n’est-elle pas alors perverse Pénélope,
défaisant et détruisant tout ce qu’elle fait semblant
de faire ? La parole n’est-elle pas séparatrice ? N’est-elle
pas parole qui organise le chaos du monde ? N’est-elle pas celle
qui lui donne sens ? N’est-elle pas celle qui le constitue ? Comme
elle est constituante du sujet ? A propos du Dieu Hermès, Socrate
dit : "Ainsi donc, double activité constituante, celle de
tramer la parole et celle de tramer des paroles, voilà ce Dieu
; on dirait le législateur nous prescrivant : ‘Hommes, celui
qui trama la parole, eïreïn émèsato, c’est
à juste titre que par vous il serait appelé Eïré-mès
!’"
L’argent n’est-il pas cet objet qui introduit la confusion
et la guerre en toutes choses ? Introduire l’argent comme valeur
des valeurs dans l’école, et d’une façon si
vulgaire, n’est-ce pas y introduire en même temps le désordre
et le chaos, la confusion dans les têtes..? "L’argent
[…] confond et échange toutes choses, il est la confusion
et la permutation universelles de toutes choses, donc le monde à
l’envers, la confusion et la permutation de toutes les qualités
naturelles et humaines." Sait-on dans quel épouvantable pétrin
vont se retrouver tous ces jeunes à qui l’école aura
appris que, pour inverser la formule de Hegel, "L’argent est
la logique de l’esprit." ? N’avons-nous pas autre chose
"à transmettre à ceux qui naîtront après
nous ?" On vous vole, et votre cœur et votre âme.
La diction et l’addiction
Etant sourds et aveugles à ces sortes de lames de fond dont, comme
tant d’autres, vous nous montrez la crête depuis longtemps
déjà , bien trop nombreux sont ceux qui font mine de s’étonner
au soir d’un 21 avril de l’existence d’un "séisme
politique" ? Mesdemoiselles, c’est que ceux-là ne vous
ont jamais vraiment écoutées. Ceux-là ne voient et
n’entendent quelque chose qu’au moment où leur poste
est menacé ou leurs privilèges atteints. Ne sont-ce pas
les mêmes qui produisent ce qu’ils prétendent combattre
? Le véritable séisme est à venir. Bientôt
? En attendant, ils fabriquent des bombes à retardement.
Quel est alors le sens de cette véritable révolution culturelle
conduite sous la haute autorité du ministère de l’Education
nationale en liaison avec les banques ? Une seule chose est absolument
sûre : papa Ferry sait très bien que le Président
du Conseil National des Programmes, monsieur Luc Ferry a, en réalité,
supprimé ce "plus grand bien" pour les jeunes enfants,
la dictée. Que fera le nouveau ministre portant le même nom
? Et l’un, et l’autre, savent parfaitement ce qu’ils
font et vendent en matière de dictée. Ils savent parfaitement
ce que vaut la cohérence administrative et pédagogique qu’ils
mettent en place, exactement comme le Président de Phillip Morris
sait parfaitement ce qu’il fait et vend en matière de cigarettes.
A une question posée par une journaliste américaine : "Mais
vous-même, Monsieur le Président, fumez-vous des Phillip
Morris ?", celui-ci répondit sèchement avec cette sorte
de délicatesse propre aux hommes qui ont beaucoup d’argent
: "Pensez-vous que je sois assez con pour fumer ces saloperies !?"
Cette réponse du feu Président du CNP valait bien un commentaire.
En attendant, au nom de l'égalité des chances dont il nous
rebat les oreilles en toute occasion, le Président du CNP devenu
ministre pourra-t-il intégrer à sa réflexion ce fait
massif que tous les parents ne sont pas en mesure de faire à la
maison ce qu'on ne fait plus à l'école ? Ne laissons surtout
pas les alexandrins de Racine, la ponctuation, les rires sérieux
de Jean-Pierre Brisset, l’univers de la précision comme celui
du raisonnement… aux seuls enfants de ministres et de banquiers
! Sinon, quel sera l’avenir radieux de l’égalité
des chances promise par le grand réformateur de la dictée
? Tout est-il déjà écrit ? En attendant, pendant
que mademoiselle Ferry s’épanouit dans l’excellence
avec son papa en faisant une dictée par jour, les autres se consolent
chaque jour de leur misère sur des consoles de jeux ; la première
prise sous le charme de la diction parfaite de son papa, les autres pris
dans l’enfer de l’addiction aux jeux informatiques…
|