B-H Lévy et la guerre ...

Le refoulé d'un patron ....
A force de nier les choses simples ...
Notes.
( Le texte suivant est extrait de " Poker Menteur : les grandes puissances, la Yougoslavie et les prochaines guerres ", par Michel Collon - Editions EPO - Bruxelles - 1998.)

La mégalomanie vaniteuse de Bernard-Henri Lévy a déjà été suffisamment relevée. Mais le plus important est que pour décrocher la gloire, cette vanité est obligée de s'aplatir devant tous les poncifs de l'idéologie dominante.
Lévy n'aurait aucune chance d'être le chouchou de TF1 et compagnie s'il dénonçait les crimes du colonialisme français en Afrique.
Lévy verrait s'éloigner ses chères caméras s'il avait le courage d'expliquer que le génocide rwandais a été préparé avec la complicité de l'armée française et de l'armée belge.
Lévy ne serait plus une vedette mais un proscrit des médias s'il accusait l'Occident de crime contre l'humanité pour l'embargo qui assassine froidement 4.500 enfants irakiens par mois.

Vedette à condition de s'aplatir

Alors, pour "arriver", Lévy s'aplatit. Il lèche la main des maîtres du monde, il caresse l'idéologie dominante dans le sens du poil. Il ne s'indigne pas des crimes commis par l'Occident capitaliste, mais seulement des crimes ? réels ou non ? commis par les ennemis de l'Occident. En échange, le "grand écrivain" peut impunément débiter les pires stupidités sans qu'on lui mette le nez dedans. Il peut ? sans qu'on relève le ridicule ? qualifier la Déclaration islamique d'lzetbegovic comme "erreur de jeunesse". Alors que son auteur l'a rééditée en 1990, à soixante-cinq ans! Il peut se borner à parler de Saraj evo en taisant ce qui se passe ailleurs en Bosnie. Par exemple, son livre journal Le Lys et la Cendre ne dit pas un mot de l'agression des troupes d'lzetbegovic contre d'autres musulmans, à Bihac, en octobre 93 et à nouveau en août 94. Dans ce même livre, comme dans son film Bosna, Lévy peut tout aussi impunément faire croire que dans le camp de concentration de Jasenovac, les fascistes croates n'ont assassiné que des juifs alors qu'ils y ont massacré encore bien davantage de Serbes.

La subtilité de Lévy consiste à faire semblant de critiquer le système occidental alors qu'il ne fait que lui obéir. Il a réclamé à cor et à cris une intervention militaire alors que c'était justement ce que voulaient les Etats-Unis et l'Allemagne!

Lévy joue exactement dans les cartes de l'Otan. Que cherche en effet celle-ci depuis 1990 ? A s'imposer comme le gendarme naturel de l'Europe de l'Est et de l'ex URSS, habilité à intervenir offensivement hors de sa zone. Pour cela, il lui faut conditionner l'opinion publique pour qu'elle accepte, mieux qu'elle réclame "spontanément", de telles interventions militaires. Rappelons-nous comment Hitler, en 1938, demandait aux médias allemands de manipuler l'opinion: "Il est à présent nécessaire d'adapter et de préparer le peuple allemand sur le plan psychologique. Vous devez montrer que les choses ne peuvent être réalisées à un niveau pacifique et que donc, il faudra la violence. Pour cela, vous devez diffuser non pas, au stade actuel, la violence comme telle. Mais une situation de politique étrangère éclairée de telle façon que le peuple allemand lui?même réclame peu à peu la violence. "

La même méthode est appliquée aujourd'hui. L'Otan manipule l'opinion publique pour lui faire accepter sa stratégie militaire agressive. Lévy est un pion dans cette campagne de désinformation. Il écrit, par exemple, pour réclamer une intervention militaire: "Nous vivons une époque étrange où l'idée même de faire la guerre, c'est?à?dire d'user de la force pour défendre les valeurs qui nous sont chères, est devenue quasi absurde. "(1)

Double mensonge ! D'abord, nous vivons une époque où les Etats-Unis multiplient les interventions armées: Grenade, Panama, Irak, Somalie, Yougoslavie... Ensuite, ces agressions n'ont rien à avoir avec les "valeurs" mais tout à voir avec des intérêts impérialistes sordides : contrôler le pétrole, dominer militairement les régions-clés, écraser la résistance des peuples.

Lévy passe son temps à se donner des airs de grand écrivain profondément original. Mais ses couplets ne sont que des redites. Ainsi, il nous présente les Serbes comme des nazis: "Bizarre, oui, ce début d'été (92) à Belgrade. Regards éteints, visages lugubres. ( ... ) Sentiment de culpabilité aussi ?comme s'il y avait là tout un peuple qui sortait d'un cauchemar et retrouvait ses esprits. L'Allemagne, en 44, devait avoir cet air là. Tous les peuples du monde doivent ressembler à ça quand ils ont commis un grave crime... "(2)

Quiconque a été à Belgrade sait que tout ceci n'existe que dans la tête de Lévy, qui prend ses fantasmes pour la réalité. Les Serbes ne pensent pas ainsi. Quant au parallèle "Serbes = nazis", il n'a vraiment rien de neuf. Il fait partie de l'arsenal classique servant à démoniser les adversaires de l'Occident. Les USA ont dit exactement la même chose quand ils ont conditionné l'opinion à accepter une guerre préparée de longue date contre le peuple irakien. Nous avons analysé ces procédés de démonisation dans notre livre Attention, médias !(3)

Le premier ministre israélien Shamir, puis le président américain Bush avaient comparé Saddam Hussein à Hitler, et on a vu quantité d'intellectuels aux ordres répéter ce refrain. Puis, ce sont les Serbes qui ont été démonisés. Ruder Finn, agence américaine de relations publiques, c'est-à-dire de médiamensonges organisés, a lancé le thème "Serbes = nazis". Et à nouveau, ils ont trouvé (et payé ?) des intellectuels pour ressasser cela en ayant l'air d'avoir pondu quelque chose d'original.


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Un très vieux refrain, en réalité, ce parallèle avec les nazis. En 1956, la France agressa l'Egypte lors de la crise de Suez. Le ministre français des Affaires étrangères, un colonialiste fieffé, traita Nasser d'Hitler. Lévy n'a vraiment rien inventé. Les mêmes images éculées resservent indéfiniment... Et resserviront. Si demain les Etats-Unis attaquent Cuba ou la Corée du Nord, il se trouvera à nouveau un quelconque Levy pour nous expliquer, dans une prose très "originale", que ces peuples sont au fond des hitlériens...

D'ailleurs, Lévy a déjà commencé. Ses écrits et déclarations ressassent un autre lieu commun de la pensée de droite : fascisme et communisme seraient semblables. Par ce tour de passe-passe, on justifie d'avance toute agression capitaliste contre un pays ou un mouvement communiste. Lisons Lévy... En nous accrochant car ce grand penseur tient absolument à faire l'original et le compliqué: "Ce modèle ethnique de société que remettent àl'honneur les nationaux-communistes serbes, où et quand a-t-il été inventé ? ( ... ) Il faut rompre avec cet occultisme politique qui a dominé les théories de l'après-communisme et lui substituer une autre théorie, un autre système de métaphores. Cette métaphore nouvelle, ce serait celle de l'hybridation. Ou de la greffe. Ou encore de la synthèse entendue au sens quasi chimique du mot. Soit des atomes. Mieux: des molécules, constituées d'atomes. Survient une explosion. Un big bang. Et voici que les molécules se cassent, libèrent leurs atomes captifs et leur laissent le loisir de se recomposer librement. Ancien ou nouveau ? Ancien et nouveau. Des éléments anciens, combinés à d'autres éléments anciens, et formant, de ce fait, des composés de type nouveau. " (4)

Quand on est incapable d'expliquer une réalité sociale, qu'il est tentant d'aller chercher l'explication dans une autre science, la chimie par exemple ! C'est très avantageux, on peut raconter n'importe quoi puisque "les molécules ont le loisir de se recomposer librement" (sic).

Mais pourquoi Lévy cherche-t-il midi à quatorze heures ? Parce que, comme tous les idéologues de droite, il nie la réalité des classes sociales. Il est éclairant de rappeler encore ce que disait le grand sociologue français Roland Barthes : "La bourgeoisie se définit comme la classe sociale qui ne veut pas être nommée. "(5)

Parce que notre écrivain "indépendant" est lui-même un gros capitaliste, vice-président du groupe Becob, n' 2 de l'industrie française du bois, dont il détient avec sa famille 65% du capital.(6)

Dans une interview de 1993, il commet d'ailleurs un lapsus très révélateur : "Si réellement un mort était un mort, si rien ne devait plus, vraiment, faire le tri entre bons et mauvais morts, ce qui distingue la banale victime, mettons d'un accident du travail, de celle qui a péri dans un camp... "(7)

Typique d'une mentalité de patron. Pour le capitaliste Lévy, mourir d'un accident de travail ne mérite pas qu'on en parle. Qu'il y ait à nouveau de plus en plus de tués au travail, victimes de l'exploitation qui sacrifie leur sécurité pour produire toujours plus vite, Lévy s'en fout. Pour lui, les travailleurs ainsi sacrifiés ne sont pas "des morts intéressants".

Les patrons n'aiment pas qu'on parle des gens qu'ils tuent...


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Pourquoi les explications de Lévy sont-elles si fumeuses et alambiquées ?

Parce qu'il nie le principe de base des questions sociales, la division de la société en classes. Cet aveuglement volontaire embrouille toutes ses analyses. Par exemple, sur Milosevic qu'il présente comme un "national?communiste". Comme l'Occident a d'abord voulu remplacer le président serbe par quelqu'un de plus sûr, on nous l'a souvent présenté comme un dangereux communiste. En réalité, Milosevic a fait sa carrière comme banquier, particulièrement aux Etats-Unis et il était tout acquis au capitalisme et aux privatisations . Pour le présenter comme un "national-communiste", il suffit à Lévy de cacher l'essentiel: le programme procapitaliste de Milosevic.

N'aimant pas les choses simples et logiques, notre grand écrivain nie que le fascisme soit la méthode par laquelle le Capital maintient son pouvoir sur une société qui se révolte. Tandis que le communisme (à ne pas confondre avec des sociétés dégénérées comme l'URSS dans sa phase terminale), c'est une société où les ouvriers et autres travailleurs mettent fin à ce pouvoir du Capital. Donc, rien de commun entre une société fasciste et une société communiste. Mais comme Lévy défend le pouvoir du Capital, le communisme, c'est évidemment le diable, et dès lors tous les médiamensonges sont permis...

Toute la croisade des Lévy, Kouchner et autres intellectuels du genre, toute cette croisade vise à ce que les grandes puissances exercent leur prétendu droit d'ingérence dans certains pays. En réalité, les Balkans sont victimes depuis toujours des ingérences des grands empires : l'Autriche-Hongrie, la Turquie ottomane, la Russie tsariste, la France et la Grande-Bretagne, les fascistes allemands et italiens... Et aujourd'hui Bonn et Washington. Ce dont les Balkans ont besoin en premier lieu, c'est de se libérer des intrigues, des manoeuvres et des tutelles étouffantes des grandes puissances. Donc, quand ces intellectuels procapitalistes appellent les grandes puissances à intervenir davantage, cela revient vraiment à faire passer le loup pour un chien de berger !

La croisade de Lévy et consorts repose sur un postulat : les pays capitalistes occidentaux sont le modèle de la démocratie, ils ont le droit , mieux : le devoir d'exporter cette démocratie. Mais en réalité ce que l'Occident capitaliste a exporté dans le monde, c'est son colonialisme et son néo-colonialisme, c'est la mise en place de dictatures impitoyables pour leurs peuples et dociles pour les multinationales : Mobutu, Pinochet, l'apartheid...

En réalité, pour les peuples du monde, l'Occident impérialiste ne saurait être une solution à leurs problèmes. Parce qu'il en est la cause première.

 

NOTES haut de page

1 Le Monde, 5 janvier 1993.

2 Le Point (France), réédition bulletin Réseaux, Paris, 1992.

3 Michel Collon, Attention, médias !, chap. 3, notamment p. 62.

4 B.H. Levy, Le Lys et la Cendre, Paris, 1996, p. 102?103.

5 Roland Barthes, Mythologies, Paris, Seuil, 1957.

6 Balkans Infos (France), n' 2, p. 8.

7 Le Monde, 5 janvier 1993.