DÉTERMINISME SCIENTIFIQUE,

PHYSIQUE NUCLÉAIRE

ET LA FUTURE GUERRE DE L'ÉNERGIE

Jacques G. Chauveheid

12 mars 2003

1. AVANT-PROPOS
2. LA SITUATION EN THÉORIE NUCLÉAIRE
3. L'INDÉTERMINATION DE BOHR EN 1927
4. INDÉTERMINATION ET PHYSIQUE NUCLÉAIRE
5. VERS LE COMMENCEMENT D'UNE SOLUTION

1. AVANT-PROPOS

Les marchés boursiers sont en crise depuis pas mal de temps et cette crise a affecté en premier lieu le secteur de la soi-disant haute technologie, qui est principalement la vieille électronique n'arrêtant heureusement pas de se perfectionner. Il y a un certain nombre d'années que l'industrie de l'informatique a accompli sa révolution de base, mais d'autres révolutions technologiques semblent se faire attendre. Comme nous allons le voir, ce retard est dû au manque d'avances théoriques dans d'autres domaines, et cette remarque s'applique donc à la fusion nucléaire contrôlée [1] qui, pour des raisons simples, bat de l'aile depuis une cinquantaine d'années.
Cette mauvaise situation est annonciatrice de la crise de l'énergie, tant redoutée par les experts et que nous devrons affronter dans quelques années. Nous allons également vivre la "guerre de l'énergie" qui semble avoir vraiment démarré avec l'attitude belliqueuse de la Corée du Nord et les événements plutôt troubles du Moyen Orient, ceux-ci ressemblant à une foire d'empoigne pour le contrôle du pétrole. Suivant les principes d'une analyse rationnelle, c'est à dire qui débute par le vrai commencement, il est important de rappeler que les théoriciens-inventeurs sont ceux qui ont toujours élaboré les procédures à partir desquelles toutes les technologies ont été développées. Les hommes d'affaires ne les rendent effectives que dans une seconde phase qualifiée d'industrielle et évitent, par tous les moyens légaux possibles, d'indemniser les inventeurs sans lesquels leur industrie n'existerait pas.

Nous montrerons comment certains dogmes scientifiques, provenant de préconceptions idéalistes subjectives, continuent de miner la science comme c'était le cas au Moyen-Âge. Pour le comprendre, nous rappellerons la notion d'idéalisme subjectif proposée par le marxisme, lequel est en fait basé sur deux éléments fondamentaux. Le premier est l'application de la méthode scientifique à l'étude des phénomènes économiques et sociaux. Le second postule que le marxisme englobe la somme actualisée des acquis scientifiques incontestables.

Cette remarque positive à l'égard du marxisme n'implique pas que ses fondateurs, ni leurs continuateurs, aient toujours été parfaits, car l'utilisation de la méthode adéquate n'est malheureusement pas une garantie absolue d'infaillibilité. Ceci, parce que les humains commettent des erreurs et que les meilleurs scientifiques, Albert Einstein y compris, se sont trompés de nombreuses fois. Mais, ce qui fait les grands scientifiques se mesure par le bilan positif de leurs travaux. Par exemple, Galilée et Einstein se sont souvent égarés, ce qui n'enlève rien à l'immense valeur de leurs découvertes.

Rappelons donc maintenant qu'un idéaliste objectif diffère essentiellement d'un scientifique matérialiste par sa croyance en Dieu. En d'autres termes, les idéalistes objectifs basent la science sur une analyse objective des faits observés, tout comme les scientifiques matérialistes qui sont athées. Dès lors, ces deux groupes de chercheurs produisent les mêmes résultats scientifiques valables, parce qu'ils sont également objectifs dans la science. Il en va tout autrement pour les idéalistes subjectifs qui créent d'abord un modèle de la réalité, subjectif car c'est celui qui leur plaît, et mettent ensuite en relief les résultats d'observation qui sont favorables à ce modèle pré-établi. Cette attitude "bourgeoise" les conduit alors à éliminer les résultats d'observation qui sont contraires à leur point de vue, en les classant comme "irrégularités statistiques" [2] et autres. Cette, méthode plutôt simplist e a été jusqu'à présent très efficace dans les institutions perméables aux influences financières (bourses d'études, financements de programmes de recherche, etc...).

À titre d'exemple d'idéologie idéaliste subjective, mentionnons le fascisme (ici, aucune distinction formelle n'est établie entre fascisme et nazisme), dont la véritable "bible" n'est autre que "Le Mythe du XXme Siècle" écrit par Alfred Rosenberg, auteur des lois raciales de Nuremberg. Dans ce livre volumineux, Rosenberg n'utilise pas le mot "mythe" pour détruire de prétendus mythes libéraux ou socialistes, mais bien pour construire le mythe de la race aryenne supérieure, base idéologique du nazisme. Ceci, parce que Rosenberg reconnaît que cette race supérieure n'existe pas, raison précise pour laquelle il suggère de l'inventer sur base de la création du mythe approprié, d'où le titre du livre. On ne saurait être plus clair.

Dans ce qui suit, le lecteur, intéressé par la science et ses vérités premières, comprendra pourquoi les préconceptions idéalistes subjectives devraient, une fois pour toutes, être extirpées de la science, de manière à permettre de nouvelles propositions théoriques sur lesquelles de nouvelles technologies pourront et devront s'appuyer pour résoudre le problème de l'énergie. Sans ce type de solution, la future carence en énergie signifierait la fin "proche" de l'humanité, sur les détails de laquelle nous n'insisterons pas davantage ici.

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2. LA SITUATION EN THÉORIE NUCLÉAIRE

Les connaissances scientifiques, sur lesquelles le monde industriel est basé, viennent des recherches expérimentales conduites dans les laboratoires, mais Einstein n'avait pas de laboratoire quand il formula la première théorie de la relativité en 1905. Dans un livre qu'il écrivit avec Léopold Infeld en 1938 [3], Einstein expliqua comment l'équivalence entre chaleur et énergie avait, au 19me siècle, été découverte par Joule et trois autres qui étaient tous des physiciens amateurs (cette avance a fourni la base théorique des moteurs à combustion interne que nous utilisons encore). Actuellement, l'expérimentation est devenue tellement chère qu'un individu ne pourrait plus effectuer ce type de travail par lui-même. Néanmoins, d'après Einstein, le travail théorique parallèle demeure assez bon marché, parce que réalisé avec un crayon ou stylo et quelques feuilles de papier.

Dans le même livre, Einstein et Infeld écrivirent que, "malgré le grand nombre de données expérimentales et les nombreuses tentatives de jeter un peu de lumière sur le problème nucléaire, on est encore dans le noir au sujet de ses aspects les plus fondamentaux" [3]. Le lecteur pourrait supposer que cette ignorance caractérise l'année 1938 quand ce livre fut écrit. Cependant, dans l'introduction à la nouvelle édition de 1960, Infeld, alors professeur à Varsovie, indiqua que seulement quelques corrections mineures étaient nécessaires pour l'actualisation du livre. Il les détailla ensuite sans mentionner la théorie nucléaire. Sept années plus tard, cette opinion d'Infeld fut corroborée par l'éminent théoricien russe Lev Landau qui décrivit la connaissance théorique du problème nucléaire comme insatisfaisante parce qu'il n'existait pas de théorie qui soit à la fois "conséquente" et "achevée" [4]. Landau et son co-auteur Evguéni Lifshitz insistèrent trois fois sur ce point précis dans un chapitre relativement concis.

Certains pourraient argumenter maintenant que ces questions ont été résolues par une théorie appelée "Chromodynamique Quantique" (habituellement connue sous le nom de QCD), basée notamment sur le concept de quark introduit en 1964 [5], mais aussi sur une "algèbre" des symétries globales dont le caractère physique est loin d'être établi. Bien que les quarks paraissent être un outil indispensable et que QCD ait connu certaines confirmations expérimentales, cette théorie a été indiscutablement contredite par d'autres expériences [2], ce qui rend difficile la croyance en sa validité. De plus, la théorie QCD est si inconclusive au sujet d'aspects fondamentaux tels que les solutions de ses équations, les masses des quarks et leurs énergies de liaison [5], qu'il est difficile de la prendre au sérieux. Le nombre d'articles qui ratifient l'insuffisance de QCD quant à ses confirmations expérimental es semble avoir augmenté récemment, mais cet aspect n'est pas détaillé ici. L'important est que QCD soit avant tout une théorie des forces nucléaires, qui ne contient aucune expression même approximative de ces forces qui demeurent dès lors sans description réelle. C'est comme si un botaniste écrivait un chapitre sur une plante de laquelle il serait dans l'incapacité de fournir une photo ou même un schéma approximatif. Cet exemple met en relief le caractère futile d'une approche qu'on pourrait difficilement qualifier autrement qu'idéaliste subjective.

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3. L'INDÉTERMINATION DE BOHR EN 1927

La théorie QCD est une des multiples extensions du concept d'indétermination bohrienne dont nous rappelons maintenant la brève histoire. L'année 1927 fut marquée par le Congrès de Physique Solvay à Bruxelles, durant lequel les idées de Niels Bohr favorisant l'indétermination furent bien reçues (ces vues devinrent connues sous le nom d'"interprétation de Copenhague"). Cette interprétation probabiliste des quanta par Bohr rejeta la causalité si chère à Einstein et contesta même l'existence d'une réalité physique, ce qui paraît incroyable. Curieusement, à ce congrès, Einstein fut le seul à soulever des objections publiques aux assertions de Bohr.

Néanmoins, des théoriciens éminents comme Erwin Schrödinger et Louis de Broglie, qui inventèrent la mécanique ondulatoire en 1924 et 1926, marqueront plus tard leur accord sur les vues déterministes d'Einstein, mais il sera trop tard [6]. Rappelons que la mécanique ondulatoire donnera rapidement naissance à la mécanique quantique par l'addition d'axiomes mathématiquement impressionnants mais physiquement douteux (opinion personnelle). De plus, à partir de 1932, Paul Dirac, à qui selon Einstein nous devons la meilleure synthèse postérieure de la mécanique quantique, commença à critiquer fortement les théories quantiques "auxquelles il contribua tellement" [5]. En 1979, quelques années avant sa mort, Dirac affirma que "la mécanique quantique n'était pas dans sa forme finale" et qu'"il est possible que la nouvelle mécanique quantique inclura le déterminisme conformément aux souhaits d'Einstein" [7].

Il est important de noter que Bohr n'est pas un des fondateurs des mécaniques ondulatoire et quantique, malgré sa contribution majeure sur l'atome d'hydrogène en 1913. Dès lors, les vrais fondateurs de la mécanique quantique, à l'unique exception de Werner Heisenberg (voir sa mécanique des matrices en 1925), désapprouvèrent l'indétermination probabiliste bohrienne. Il est donc étrange que les livres d'études pour étudiants ne racontent pas l'histoire de la façon correcte mais se limitent à citer Einstein comme s'il avait été le seul opposant à l'interprétation de Copenhague. De plus, pas un mot ne semble dit dans les universités au sujet du vrai débat, de fondamentale importance historique pour la science. Pourquoi ?

Le lecteur trouvera partie de la réponse dans ce qui suit: en 1935, Einstein, Podolsky et Rosen publièrent un article, lequel critiqua sévèrement la position indéterministe. Ce papier devint rapidement fameux et l'est encore. Son contenu, couramment appelé "théorie EPR", fait périodiquement l'objet de nouvelles études. En 1936, Rosen, qui était assistant d'Einstein, obtint une chaire universitaire temporaire en Union Soviétique, suite à une recommandation qu'Einstein avait envoyée à Molotov. L'article, parait-il, suscita grand intérêt en Union Soviétique où il fut republié, mais il m'a été difficile de vérifier ces détails. Jusqu'à maintenant, je n'ai pu trouver un seul autre papier publié contre l'indétermination. Certains opposants à l´interprétation de Copenhague n'eurent apparemment d'autre choix que de développer leur position déterministe dans les livres qu'ils publièrent eux-mêmes. Ce fut le cas d'Einstein et de Broglie, ce dernier ayant publié pas moins de six traités sur ce sujet avant 1968 [6], malheureusement non traduits en anglais. Malgré cette opposition surprenante et quelque peu difficile d'expliquer, la publication de deux articles paraît projetée en 2003

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4. INDÉTERMINATION ET PHYSIQUE NUCLÉAIRE

L'indétermination de Bohr est difficile d'opposer en physique atomique, parce que la dimension des noyaux et électrons est très petite en comparaison des distances qui les séparent (un atome est plus beaucoup grand que ses composants). Par exemple, il existe beaucoup d'espace libre dans l'atome d'hydrogène pour supposer que l'orbite d'un électron soit indéterminée. Cette situation change radicalement en physique nucléaire où le rayon d'action des forces nucléaires est du même ordre que la distance entre les centres de nucléons dans le noyau d'un atome (un nucléon est un neutron ou un proton - la distance d'interaction entre particules est toujours calculée entre leurs centres). Dans un noyau atomique, il n'y a donc pas assez d'espace entre nucléons pour supposer une indétermination spatiale, ce qui est illustré dans le paragraphe suivant.

Les forces nucléaires sont caractérisées par leur portée, ou rayon d'action observé de 1,4 fermi (aussi appelé distance de Yukawa; 1 fermi = un dix mille milliardième de centimètre). Et ces forces disparaissant à la distance de 2 fermis. Suivant l'approche statistique habituelle, la vitesse v d'un nucléon dans un noyau de dimension moyenne est donnée par v = 0,00096/R , dans le système cgs, R étant le rayon du nucléon [4]. Pour R = 1 fermi, v vaudrait donc 96.000 km/s, ce qui serait plus grand que le quart de la vitesse de lumière. C'est la raison pour laquelle les théoriciens ont élevé le rayon du nucléon à 1,2 fermi, pour baisser la vitesse du nucléon à une valeur qu'ils considèrent plus acceptable de v = c/4 (c ici est la vitesse de lumière) [4]. Mais un tel rayon nucléonique de 1,2 fermi impliquerait 2,4 fermis comme distance minimale entre les centres de deux nucléons proches, ce qui est inaccepta ble parce que les forces nucléaires disparaissent à cette distance. Donc, la méthode statistique ne fonctionne pas dans un noyau lié ou stable, parce que la distance entre les centres de deux nucléons voisins devrait en réalité être assez proche de la distance de Yukawa de 1,4 fermi.

Maintenant, supposer même une valeur inférieure de 1 fermi pour R et respecter la distance de Yukawa entre centres de nucléons proches, bien que cela impliquerait une "trop haute valeur" pour v , aurait pour conséquence que les nucléons se pénètrent l'un l'autre dans un noyau. Mais telle conséquence est en fait compatible avec l'hypothèse des quarks relative aux composants chargés des nucléons. En tout cas, l´important de tout ceci est de démontrer la claire impossibilité de permettre un espace libre pour des orbites nucléoniques indéterminées, car la physique ne l'autorise pas.

On se demande alors pourquoi Landau et Lifshitz n'ont pas détaillé ceci dans leur livre [4]. Ils auraient dû expliquer que la procédure statistique implique une trop haute vitesse du nucléon si on prend en considération la portée connue des forces nucléaires. Mais ils ont dit à trois reprises qu´il n´existait pas de théorie achevée, ce qui était peut-être suffisant.

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5. VERS LE COMMENCEMENT D'UNE SOLUTION

Le Ministère wallon de la Science et la Technologie (Namur) a un programme intéressant, appelé PIMENT, qui est un concours de chercheurs, indépendants ou non, pour toute suggestion utile aidant à résoudre le problème de l'énergie. Il était temps ! Mais les responsables n'indiquent rien, dans leurs correspondances, au sujet d'aspects importants comme la confidentialité ou la protection légale de suggestions ou inventions (droits d'auteur-inventeur, etc..). Il paraît donc que seulement des universités ou sociétés riches, disposant d'une armée d'avocats spécialisés quand c'est nécessaire, soient en mesure de participer sans risque. Il y a ainsi des candidats qui ont suspendu leurs suggestions ainsi que leurs travaux. Il y a environ deux ans, une directrice de ce Ministère m'avait envoyé à ce sujet un paquet de formulaires dont une analyse sommaire démontrait clairement que la protection de ces droits ne concerne que ceux qui puissent disp oser d'un minimum de plusieurs centaines de milliers d'euros à cet effet.

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RÉFÉRENCES

[1] J. Chauveheid: Une Approche d'Énergie Modérée à La Fusion Nucléaire, preprints d'avril et mai 2001.


[2] A.D. Krisch: Collisions between Spinning Protons, Scientific American, vol. 257, p. 42 (août 1987).


[3] A. Einstein et L. Infeld: L'Évolution de la Physique, éd. anglaise (Simon & Schuster, New York, 1938-1966) pp. 48, 257, 293.


[4] L. Landau et E. Lifshitz: Mécanique Quantique (Mir, Moscou 1967), pages 511 à 520.


[5] A. PAIS: "Inward Bound": Au sujet de Matière et Forces dans le Monde Physique (Oxford University Press, 1986) pp. 28, 258, 261, 288, 361, 391, 558, 589.


[6] L. de Broglie: Ondes Électromagnétiques et Photons (Gauthier-Villars, Paris 1968), pp. 2, 4, 60.


[7] J. Gliedman: Le Débat Quantique, Science Digest, vol. 91, p. 74 (juin 1983).

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