Le détour irlandais.
T. Thomas
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SOMMAIRE
INTRODUCTION
CHAPITRE I LA THEORIE DES FORCES PRODUCTIVES
I-1 L'ESSENCE DE LA THEORIE DES FORCES PRODUCTIVES
I-2 A PROPOS DE LA PROPRIETE
I-3 CATEGORIES ECONOMIQUES ET RAPPORTS SOCIAUX
I-3-1 La forme indépendante du contenu
I-3-2 Le plan et la disparition des rapports marchands
CHAPITRE II UN CAPITALISME SPECIFIQUE :
LE CAPITALISME ETATIQUE
II-1 ÉTATISATION ET ACCUMULATION
II-2 LE PLAN ET LES CRISES
CHAPITRE III L'ETAT DE DICTATURE DU PROLETARIAT
III-1 LA REVOLUTION : LA PRISE DU POUVOIR
DANS LA SUPERSTRUCTURE
III-2 LA SUPERSTRUCTURE, ENJEU DE LA LUTTE
DE CLASSE
III-3 LENINE ET LA LUTTE POUR L'ETAT SOCIALISTE
III-3-1 L'État socialiste et le prolétariat
III-3-2 La voie ouverte par Lénine et ses limites
III-4 LES ERREURS DE STALINE SUR LA QUESTION
DE L'ETAT
CHAPITRE IV LA LUTTE CONTRE LA DEGENERESCENCE :
LA REVOLUTION CULTURELLE
IV-1 LE GRAND BOND EN AVANT :
UNE REPETITION GENERALE
IV-1-1 L'homme ou la technique
IV-1-2 Les Communes Populaires
IV-2 LA GRCP
IV-2-1 Bref rappel de l'histoire de la GRCP
IV-2-2 Les limites de la GRCP
IV-2-2-1 Les causes objectives
IV-2-2-2 Les lacunes théoriques
IV-2-2-3 La portée d'un échec
CHAPITRE V SUR LA TRANSITION DANS LES PAYS ARRIERES
V-1 A PROPOS DE LA ROBINSONNADE
V-2 TRANSITION ET MEDIATION
V-3 UNE REVOLUTION IMPOSSIBLE?
CONCLUSION LES REVOLUTIONS DU XXEME SIECLE OU
LE DETOUR IRLANDAIS
INTRODUCTION
« Il n’y a pas de meilleur chemin pour conduire à une
clarté théorique de compréhension que de s’instruire
de ses propres erreurs. »
Nous sommes de cette génération venue au marxisme révolutionnaire
dans les années soixante, en opposition aux reniements des partis
de «gauche», PS et PCF, ainsi qu'au stalinisme. Ce sont Mao
et les communistes chinois qui nous avaient ouvert cette voie en brisant
les premiers l'hégémonie «révisionniste»
sur le mouvement révolutionnaire sans pour autant rompre avec lui
complètement, comme nous le verrons dans ce livre.
Pour tous ceux que l'appui actif des Guy Mollet et autres François
Mitterrand à l'Algérie Française, que le refus craintif
du PCF à soutenir vraiment - autrement que du bout des lèvres
- les FLN, vietnamiens ou algériens, avaient déjà
éloigné de ces partis, la rupture sino-soviétique
des années 60 a retenti comme un coup de clairon appelant à
renouer avec la lutte de classe. Il émanait de communistes éprouvés
et prestigieux qui, forts de dizaines d'années d'expériences,
rappelaient ces évidences élémentaires mais bien
enfouies, que la lutte armée contre le colonialisme et l'impérialisme
était une composante fondamentale de l'activité révolutionnaire,
que la «coexistence pacifique»URSS-USA était une entente
sur le dos des peuples pour le partage du monde entre les deux super-puissances,
tout aussi impérialiste l'une que l'autre, que la dictature du
prolétariat restait une pierre de touche démarquant les
révolutionnaires de l'hypocrisie réformiste. Bref, qu'on,
« qu’on a raison de se révolter », « d’oser
lutter ».
Dans la foulée, la GRCP soulevait l'immense espoir d'un peuple
poursuivant la révolution dans la révolution pour prendre
lui-même ses affaires en main et ainsi avancer vers le communisme.
Dès cette époque, nous qualifions l'URSS de «tigre
de papier» et de pays construisant une société capitaliste
(ce que montrent les événements actuels), alors que les
idéologues occidentaux en étaient effrayés, courtisaient
Khrouchtchev et Cie., et combattaient, avec l'aide du PCF, les «gauchistes»
de 68 et après, qui, eux, s'opposaient à ce compromis.
C'est qu'évidemment la bourgeoisie française ne s'opposait
à la russe que sur le terrain des rivalités impérialistes,
cherchant surtout à affaiblir un concurrent, tandis que les «gauchistes»
tentaient de construire une alternative révolutionnaire pour le
mouvement ouvrier. Ce qui les amenait, fort justement, à mettre
dans le même sac PCF et bourgeoisie, comme partageant les mêmes
valeurs essentielles : nationalisme, développement de la production
à la mode capitaliste (c'est-à-dire fondé sur les
grandes séparations dans les rapports sociaux ), mépris
et aliénation des masses, pouvoir dictatorial des dirigeants et
«experts» (la seule divergence portant sur qui devaient être
ces dirigeants :: les bureaucrates du PCF, via l'étatisation accrue,
ou ceux en place du pseudo « libéralisme »).
Nous avons dit4 que ces « gauchistes » étaient loin
d'être suffisamment armés sur le plan théorique pour
pouvoir espérer reconstruire cette alternative révolutionnaire
et ne pas dégénérer en sectes…. ce qu'ils firent.
A l'Est comme à l'Ouest, les révisionnistes ne purent empêcher
les choses d'aller leur cours. S'agissant partout de régimes capitalistes,
ils pratiquaient tous les mêmes méthodes coercitives pour
extorquer la plus-value, et, de ce point de vue, le modèle occidental
est plus favorable à partir d'un certain stade de développement.
Et tant qu'à faire, tant qu'à être dans le capitalisme,
autant choisir celui dont la forme paraît assurer le meilleur niveau
de vie : les masses ont donc voté, à l'Est, pour le mark
et le dollar, en imaginant, qu'en plus, leur serait données la
démocratie et la liberté.
Il va de soi que les idéologues se sont empressés de saluer
l'effondrement par implosion des régimes de l'Est comme étant
l'échec définitif du communisme. C'est de bonne guerre.
Et pour faire bonne mesure, ils ajoutent l'échec du marxisme. Pourtant,
nous le verrons, seuls les outils d'analyse marxistes permettent de rendre
compte de la crise économique qui a nourri la crise politique de
ces régimes.
C'est donc ce que nous allons faire, puisqu'il faut balayer devant notre
porte et que personne d'autre que nous-mêmes ne nous instruira des
erreurs commises par notre mouvement passé.
Nous examinerons d'abord le développement du capitalisme d'état
sous Staline. Rapidement, car cela a déjà fait l'objet d'analyses
assez fouillées dans les années 70-80 . Il est pourtant
nécessaire de partir de la révolution soviétique
pour comprendre en quoi la GRCP a réussi, ou pas, à la critiquer
et la dépasser. Et aussi parce que ces deux grandes révolutions
s'avèrent caractéristiques d'une époque où
le problème du socialisme a été posé dans
des pays économiquement arriérés et massivement paysans
: d'où la recherche qui y a été faite d'une transition
spécifique que Karl Marx n'avait pas prévue. Tout le mouvement
révolutionnaire vivant du vingtième siècle est marqué
par ce problème. C'est donc sur ce point que nous devrons conclure
avant de « laisser les morts enterrer leurs morts »et de pouvoir
à nouveau nous tourner vers l'avenir : celui des révolutions
prolétariennes dans les pays capitalistes, qu'annonce la généralisation
de ce mode de production au monde entier.
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